L'ami Gavroche
Te souviens-tu, Jean-Louis,
De ton ami, le poète ?
Maintenant, toi, qui renie
Tes années de trouble-fête...
Te souviens-tu de la chambre ?
D'où tu colorais les murs
Pour dissimuler les cendres,
Les lézardes et les rainures...
Te souviens-tu des idées
Que vous aviez en commun ?
La rue Drouot, son café...
T'en souviens-tu, dis, Forain ?
En ce temps là, les débauches
Défiaient tout quotidien...
Lui, il t'appelait Gavroche,
Je crois même qu'il t'aimait bien...
N'avoir point de bandeau ni perles,
Se mirer seul dans un regard...
L'oeil bleu pâle d'un ami fidèle
Est le plus sincère des miroirs...
Le quartier Latin, la bohème,
De cela, il ne reste rien...
Plus une ombre au tableau ni même
L'esquisse d'un portrait du défunt...
Te souviens-tu, Jean-Louis,
Des rumeurs de la chambrée ?
Quand dans ses "carreaux" de fille,
Tu désirais te mirer...
Sises rue Campagne-Première,
Deux silhouettes androgynes,
Suspendues à la fenêtre,
Minaudaient les "rats des villes"...
Te souviens-tu, Bel-Ami,
Quand tu croquais pour un temps
Les traits graciles de celui
Qui fut la Muse et l'Amant...
Quand les saisons se succèdent,
Les traces de peinture à l'eau,
Sans rémission, sans remède,
S'effacent à jamais... Rideau !